Définition
Les douleurs nociplastiques résultent d'une altération de la nociception, sans preuve de lésion tissulaire réelle ni de maladie du système somatosensoriel. Elles sont souvent observées dans des pathologies telles que la fibromyalgie, le syndrome du côlon irritable, certaines céphalées chroniques et le COVID long.
Le thermostat est déréglé — le cerveau ne détecte plus correctement ce qui est douloureux et ce qui ne l'est pas. Il amplifie les signaux entrants, même en l'absence de dommage tissulaire réel. La douleur est réelle et invalidante, même si les examens sont normaux.
Les trois grands mécanismes douloureux
La classification IASP 2017 distingue trois grands mécanismes douloureux. Cette distinction est fondamentale car chaque mécanisme appelle une stratégie thérapeutique différente :
Nociceptive
- Lésion tissulaire identifiable
- Arthrite, fracture, inflammation
- Antalgiques classiques efficaces
Neuropathique
- Lésion du système nerveux
- Neuropathie diabétique, AVC, sclérose en plaques
- Antiépileptiques, antidépresseurs
Nociplastique
- Sensibilisation centrale
- Pas de lésion identifiable, examens normaux
- Approche multimodale, pas de médicament miracle
Physiopathologie
Quatre mécanismes physiopathologiques se combinent dans la douleur nociplastique :
Sensibilisation centrale
Augmentation de la réponse des neurones du système nerveux central — le gain est trop élevé.
Sensibilisation périphérique
Augmentation de la réponse des récepteurs périphériques — seuil de déclenchement abaissé.
Dysfonction des voies inhibitrices
Diminution de l'activité des mécanismes inhibiteurs descendants — le frein ne fonctionne plus.
Modulation neurochimique
Altération des niveaux de sérotonine et noradrénaline — les modulateurs endogènes sont déséquilibrés.
Prévalence
- 2 à 8 % de la population mondiale pour la fibromyalgie
- 10 à 15 % pour le syndrome du côlon irritable
- 1 à 2 % des adultes pour les céphalées chroniques
Diagnostic
Clinique
- Douleur diffuse et chronique, souvent sans cause identifiable
- Symptômes associés : fatigue, troubles du sommeil, troubles de l'humeur (anxiété, dépression)
- Points sensibles (tender points), absence de signes inflammatoires ou dégénératifs clairs
Examens complémentaires
- Analyses de sang — pour exclure causes inflammatoires, infectieuses ou métaboliques
- IRM et radiographies — pour exclure les lésions structurelles
- Tests de conduction nerveuse — pour évaluer les neuropathies possibles
- Indice de Sensibilisation Centrale (CSI) — questionnaire spécifique pour évaluer le degré de sensibilisation
Traitement
Médicamenteux
- Antidépresseurs — tricycliques (amitriptyline), IRSNA (duloxétine)
- Anticonvulsivants — prégabaline, gabapentine
- Analgésiques — paracétamol, AINS (moins efficaces seuls)
Non médicamenteux
- Exercice physique — activité aérobie, renforcement musculaire
- Thérapies cognitivo-comportementales (TCC)
- Hypnose, mindfulness et méditation — gestion du stress et de la douleur
- EMDR
- Éducation thérapeutique — comprendre la nature de la douleur est fondamental
- Physiothérapie — techniques manuelles, thérapie par la chaleur ou le froid
- Acupuncture — bénéfique pour certains patients
Prévention
- Exercice régulier — maintien de la condition physique générale
- Gestion du stress — techniques de relaxation, soutien psychologique
- Alimentation équilibrée — prévention des désordres métaboliques
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