Définition — SDRC type 1 et type 2
Le Syndrome Douloureux Régional Complexe (SDRC), autrefois appelé algodystrophie ou algoneurodystrophie, est un syndrome douloureux articulaire et péri-articulaire chronique. La nomenclature internationale distingue deux types selon la présence ou non d'une lésion nerveuse identifiable.
SDRC type 1 (anciennement algodystrophie)
- Survient sans lésion nerveuse identifiable
- Sévérité indépendante du traumatisme initial
- Évolution typique en deux phases : aiguë chaude puis dystrophique froide
- Sans signe biologique d'inflammation
- Traitement précoce indispensable, associant rééducation fonctionnelle et traitements médicamenteux adaptés
SDRC type 2 (anciennement causalgie)
- Survient après une lésion nerveuse identifiable
- Présentation clinique très proche du type 1
- Mécanisme initial documenté — d'où la distinction nosologique
Étiologies
- Traumatisme violent (fracture, luxation) ou minime (entorse, contusion)
- Immobilisation prolongée
- Post-chirurgical — chirurgie du canal carpien, du genou
- Affections neurologiques centrales (hémiplégie vasculaire ou tumorale) ou périphériques (Guillain-Barré, neuropathies)
- Au troisième trimestre de la grossesse — le plus souvent au niveau de la hanche
Phases cliniques
Le SDRC évolue typiquement en deux phases successives. Reconnaître la phase est essentiel pour orienter la prise en charge :
Phase aiguë
- Quelques semaines à plusieurs mois
- Impotence douloureuse
- Œdème diffus prenant le godet
- Peau chaude, érythrosique
- Hypersudation, dépilation
- Enraidissement articulaire progressif
- Biologie normale
- Radiologie : raréfaction osseuse hétérogène, mouchetée
Phase secondaire
- Atrophique — douleur neuropathique
- Régression de l'œdème
- Accentuation des troubles trophiques
- Douleurs neuropathiques (DN4)
- Peau pâle, lisse, amincie, dépilation
- Griffe en demi-flexion irréductible des doigts
- Flexion palmaire du poignet (signe de la main)
Diagnostic du SDRC — critères de Budapest
Le diagnostic du SDRC est exclusivement clinique. Il repose sur les critères de Budapest (Harden 2010, validés par la SFETD et l'IASP), structure A/B/C/D dont les 4 conditions doivent être toutes remplies.
Sensibilité 0,99 · Spécificité 0,79 · Référence : Harden RN et al. Pain 2010;150:268-274.
Douleur continue, disproportionnée
Douleur continue, disproportionnée par rapport à l'événement initial. C'est le critère pivot — sans douleur disproportionnée, pas de SDRC.
≥ 1 symptôme dans ≥ 3 des 4 catégories
- Sensoriel — hyperesthésie, allodynie
- Vasomoteur — asymétrie de température ou de couleur cutanée
- Sudomoteur / œdème — sudation asymétrique, gonflement
- Moteur / trophique — faiblesse, tremblement, raideur, anomalies des phanères, peau, ongles
Ce que le patient raconte spontanément ou en réponse aux questions.
≥ 1 signe dans ≥ 2 des 4 mêmes catégories
Au moment de l'évaluation, le médecin doit objectiver lui-même au moins un signe dans au moins 2 des 4 catégories ci-dessus.
Critère plus restrictif que B — c'est cette double exigence (rapporté et objectivé) qui fait la spécificité du diagnostic. Distinction-clé que les non-spécialistes peuvent manquer.
Aucun autre diagnostic ne rend mieux compte
Aucun autre diagnostic ne doit pouvoir mieux expliquer les signes et symptômes observés. Voir la section Diagnostics différentiels.
Le diagnostic est posé si A + B + C + D sont tous remplis
Sans atteinte de chacun des 4 critères, le diagnostic de SDRC ne peut être retenu — il convient alors d'orienter le patient vers une consultation spécialisée pour réévaluation.
Biologie normale — un critère diagnostique
La biologie est normale dans le SDRC — c'est un critère diagnostique important. L'absence de syndrome inflammatoire biologique oriente vers le diagnostic et écarte les pathologies rhumatologiques inflammatoires. En cas d'augmentation de la CRP ou de la VS, un autre diagnostic doit être évoqué.
Délai d'application des critères
Les critères de Budapest ne s'appliquent qu'après un délai raisonnable au regard de la lésion initiale : 4 à 6 semaines pour une fracture non compliquée du radius distal, davantage pour des lésions plus complexes. Avant ce délai, les phénomènes inflammatoires post-traumatiques peuvent mimer un SDRC.
Scintigraphie 3 temps
Une hyperfixation précoce ou aux 3 temps est évocatrice de SDRC :
- Temps 1 — précoce, vasculaire : asymétrie de perfusion
- Temps 2 — vasculaire : hyperfixation in situ ou loco-régionale
- Temps 3 — osseux : hyperfixation loco-régionale du traceur
Traitement — Recommandations SFETD Lille 2019
Le traitement présente des similitudes avec celui des douleurs neuropathiques.
Recommandations principales
- Reco — Antalgiques palier 1 ou 2 recommandés
- Reco 17 — Les paliers 3 ne sont pas recommandés
- Reco 19 — Gabapentinoïdes, antidépresseurs tricycliques, IRSNA recommandés
- Reco 22 — Compresses de Versatis® (lidocaïne) recommandées
- Reco 25 — TENS recommandé · Bains écossais · Kinésithérapie infradouloureuse
- Kétamine — intérêt reconnu, pas de recommandation formelle
- Stimulation médullaire — à discuter selon chaque cas
- rTMS — pas de recommandation à ce jour
Thérapie en miroir
La thérapie en miroir consiste à placer un miroir entre les deux membres du patient, de sorte que le reflet du membre sain donne l'illusion de mouvement du membre douloureux. En trompant le cerveau sur la perception du corps, cette technique permet de réduire la sensibilisation centrale et la douleur. Elle est particulièrement utilisée dans le SDRC et la douleur fantôme, seule ou associée au TENS.
Étude — TENS & thérapie en miroir, SDRC-1 de cheville
Étude Baglione J. et coll. — programme d'éducation thérapeutique associant TENS et auto-rééducation par thérapie en miroir, sur 26 patients. Résultats : 20 objectifs atteints à 6 mois, 69 % d'appui monopodal à 100 % du poids. Voir la publication.
Diagnostics différentiels
- Pathologies rhumatologiques (arthrite, polyarthrite)
- Séquelle d'entorse, fracture de fatigue
- Scintigraphie fixante — goutte, rhumatisme psoriasique
- Néoplasie, syndrome paranéoplasique
Questions fréquentes sur le SDRC
L'algodystrophie et le SDRC, est-ce la même chose ?
Oui. Algodystrophie est l'ancien nom français, encore très utilisé. SDRC (Syndrome Douloureux Régional Complexe) est le terme actuel, traduction du CRPS anglais (Complex Regional Pain Syndrome). On parle aussi parfois d'algoneurodystrophie ou de syndrome de Sudeck.
Quelle différence entre SDRC type 1 et SDRC type 2 ?
Le SDRC type 1 (anciennement algoneurodystrophie) survient sans lésion nerveuse identifiable, le plus souvent après un traumatisme, une fracture ou une chirurgie. Le SDRC type 2 (anciennement causalgie) survient après une lésion nerveuse documentée. La présentation clinique est très proche, mais le mécanisme initial diffère.
Quelles sont les phases d'un SDRC ?
Le SDRC évolue typiquement en deux phases. La phase 1 dite chaude (aiguë) associe douleur, œdème prenant le godet, peau chaude et érythrosique, hypersudation. La phase 2 dite froide (atrophique) voit régresser l'œdème mais s'installer des troubles trophiques (peau pâle, lisse, dépilation), une douleur neuropathique et un enraidissement articulaire.
Combien de temps dure un SDRC ?
La durée est très variable. La phase chaude dure de quelques semaines à plusieurs mois. L'évolution peut se faire vers une guérison spontanée ou vers une phase froide qui peut persister plusieurs mois à plusieurs années. La précocité du diagnostic et de la prise en charge est un facteur pronostique majeur.
Le SDRC se guérit-il ?
Une proportion importante de patients voit son SDRC s'améliorer ou guérir, surtout lorsque la prise en charge est précoce et multimodale. Une minorité évolue vers une forme chronique avec séquelles fonctionnelles. La rééducation infradouloureuse, le traitement antalgique adapté aux douleurs neuropathiques et le soutien psychologique sont essentiels.
Quels sont les critères de Budapest pour diagnostiquer un SDRC ?
Les critères de Budapest (Harden 2010) sont une structure A/B/C/D dont les 4 conditions doivent toutes être remplies. A : douleur continue disproportionnée à l'événement initial. B : au moins 1 symptôme rapporté par le patient dans au moins 3 des 4 catégories (sensoriel, vasomoteur, sudomoteur/œdème, moteur/trophique). C : au moins 1 signe objectivé à l'examen dans au moins 2 de ces 4 catégories. D : aucun autre diagnostic ne rend mieux compte des signes et symptômes. La biologie est normale. Voir le détail dans la section Diagnostic.