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Sommaire
  1. Définition — IASP 2020
  2. Fibres nerveuses
  3. Canaux ioniques
  4. Niveau médullaire — Corne dorsale
  5. Voies ascendantes
  6. Relais corticaux
  7. Cellules de la douleur

Définition — IASP 2020

La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite dans des termes impliquant une telle lésion.

Nociception ≠ Douleur

La nociception est le processus neurophysiologique de détection et de transmission des stimuli potentiellement nocifs. La douleur est l'expérience subjective qui en résulte — elle implique obligatoirement une composante émotionnelle et cognitive.

Un stimulus peut être nociceptif sans provoquer de douleur, et inversement une douleur peut exister sans stimulus nociceptif identifiable.

Fibres nerveuses

Les signaux nociceptifs sont véhiculés par deux types de fibres afférentes primaires — leur différence de vitesse de conduction explique la double sensation douloureuse : une première douleur vive et précise, suivie d'une douleur diffuse et prolongée.

  • Aα / Aβ — 30-120 m/s, myélinisées : proprioception, tact fin, mécanorécepteurs
  • — 3-30 m/s, fine myéline : mécanonocicepteurs, douleur brève, précise, localisée
  • C — 0,5-2 m/s, non myélinisées : nocicepteurs polymodaux, douleur diffuse, prolongée, brûlante

Les fibres C arrivent dans les couches I et II de la corne dorsale (récepteurs opioïdes) et la couche V (douleurs viscérales et musculaires). Les fibres Aδ arrivent en couches I et V.

Canaux ioniques

Les canaux ioniques des nocicepteurs sont les cibles de nombreux médicaments antalgiques.

  • Canaux calciques TRP (bas seuil) — sensibilité thermique. L'inhibition de Cav3.2 explique l'action du paracétamol
  • Canaux calciques N, L, P/Q (haut seuil) — type N impliqués dans l'analgésie morphinique. Sous-unité α2δ-1 bloquée par les gabapentinoïdes
  • Canaux sodiques Nav — rôle fondamental dans le déclenchement du potentiel d'action nociceptif. Antagonisés par les anesthésiques locaux
  • Récepteurs NMDA — canaux cationiques (K⁺, Na⁺, Ca²⁺) bloqués par le Mg²⁺ et la kétamine. Rôle central dans la sensibilisation
  • Canaux ASIC (sensibles au pH) — détectent l'inflammation locale, antagonisés par les anti-inflammatoires
  • Canaux potassiques Kir — assurent la repolarisation membranaire, participent à l'analgésie opioïde

Niveau médullaire — Corne dorsale

La corne dorsale de la moelle épinière est le premier relais de traitement des informations nociceptives. Elle est organisée en couches de Rexed (I à VI), chacune recevant des afférences spécifiques.

Couche I — Nociception directe

Reçoit les fibres Aδ et C. Contient les récepteurs opioïdes — cible des morphiniques. Neurones de projection vers le thalamus.

Couche II — Substance gélatineuse

Interneurones modulateurs — rôle clé dans la théorie du Gate Control. Forte densité de récepteurs opioïdes et GABA-ergiques.

Couche V — Convergence viscérale et musculaire

Reçoit fibres C d'origine viscérale et musculaire. Neurones WDR (Wide Dynamic Range) — expliquent les douleurs projetées et référées.

Voies ascendantes

Après le relais médullaire, les informations nociceptives remontent vers le cerveau via deux voies principales, croisées du côté opposé à la stimulation :

Voie spinothalamique latérale

Composante sensoridiscriminative

  • Fibres Aδ et C
  • Organisation spatiale précise
  • Thalamus ventropostérolatéral (VPL)
  • Localise et qualifie la douleur — « où ? combien ? »
Voie spinothalamique médiale

Composante cognitive et émotionnelle

  • Fibres Aδ et C
  • Relais dans la substance réticulée
  • Thalamus médial
  • La souffrance — « combien c'est désagréable ? »

Voie cordonale postérieure (lemniscale)

Parallèlement aux voies de la douleur, la voie cordonale postérieure véhicule le tact fin, la proprioception et la vibration — sans croisement médullaire, avec relais bulbaire. Cette distinction anatomique explique certains syndromes neurologiques dissociés.

Relais corticaux

Après le thalamus, le signal nociceptif se distribue à plusieurs zones corticales — c'est cette intégration multirégionale qui explique la richesse et la complexité de l'expérience douloureuse.

  • Cortex somesthésique S1/S2 — somatotopie, localise la douleur sur le corps. Hémicorps controlatéral. Base de l'Homonculus de Penfield
  • Cortex préfrontal — cognition, anticipation, fonctions exécutives. Influence majeure sur la perception
  • Cortex cingulaire antérieur — désagréabilité de la douleur, réactions comportementales. « Ça fait mal » vs « C'est désagréable »
  • Insula / Système limbique — apprentissage, mémorisation, adaptations émotionnelles. La mémoire de la douleur
  • Noyau Accumbens — motivation, effet placebo, addiction. Lien entre douleur et circuits de la récompense
  • Voies inhibitrices descendantes — du cortex vers la corne dorsale. Base des analgésies endogènes et de l'hypnose

Cellules de la douleur

  • Neurones et interneurones — les acteurs principaux de la transmission
  • Cellules gliales — 70 % des cellules du SNC. Nourricières et protectrices, elles participent activement à la chronicisation de la douleur par neuro-inflammation
  • Kératinocytes — cellules de l'épiderme jouant un rôle actif de perception sensorielle via les récepteurs TRPV3 et PGE2
  • Mastocytes — libèrent histamine, sérotonine et prostaglandines lors d'une inflammation. Abaissent le seuil de déclenchement des nocicepteurs

Dr Ph. Rault — Anatomie de la nociception et de la douleur, 2024.
IASP 2020 — Definition of Pain.
Basbaum AI et coll. — Cellular and Molecular Mechanisms of Pain. Cell, 2009.