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Pathologie

Hyperalgésie Induite
par les Opioïdes

OIH — Opioid-Induced Hyperalgesia

Paradoxe thérapeutique — des médicaments prescrits contre la douleur peuvent, à long terme, augmenter la perception douloureuse.

Dr Ph. Rault
4 min de lecture
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Définition

L'hyperalgésie induite par les opioïdes (OIH) est un phénomène dans lequel l'utilisation prolongée d'opioïdes peut entraîner une sensibilisation excessive des voies de la douleur, conduisant paradoxalement à une augmentation de la perception de la douleur.

Le paradoxe thérapeutique

Plus le patient prend d'opioïdes, plus la douleur peut s'aggraver — non pas parce que la maladie sous-jacente progresse, mais parce que le médicament lui-même sensibilise le système nerveux.

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Mécanismes — récepteurs NMDA

Le mécanisme le plus couramment admis : certains opioïdes (notamment ceux agissant sur les récepteurs mu) et leurs métabolites activent les récepteurs N-méthyl-D-aspartate (NMDA) dans le système nerveux central. Cette activation induit une sensibilisation des neurones à la douleur, augmentant ainsi sa perception. Des altérations de neurotransmetteurs (protéines kinases) sont également impliquées.

C'est pourquoi la kétamine — antagoniste NMDA — est utilisée dans le traitement de l'OIH.

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Opioïdes les plus à risque

Ceux qui ont une forte affinité pour les récepteurs mu et des métabolites actifs interagissant avec les récepteurs NMDA :

Morphine
Fentanyl
Hydromorphone
Oxycodone
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Diagnostic

Les signes suivants doivent alerter chez un patient sous opioïdes :

  • Augmentation paradoxale de la douleur malgré l'escalade des doses
  • Sensations de brûlure nouvelles ou aggravées
  • Allodynie — douleur en réponse à un stimulus normalement non douloureux
  • Diffusion de la douleur dans des zones éloignées de la source initiale
  • À l'examen : hypersensibilité cutanée, allodynie tactile, réponses exagérées aux stimuli
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Diagnostics différentiels

  • Tolérance — diminution de l'efficacité analgésique avec l'utilisation prolongée (≠ OIH)
  • Dépendance — besoin psychologique ou physique persistant
  • Effets secondaires — nausées, somnolence, constipation, troubles respiratoires
  • Progression de la maladie — aggravation de la pathologie sous-jacente
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Traitement

  • Utilisation prudente des opioïdes dès la prescription initiale
  • Réduction progressive des doses
  • Rotation d'opioïdes (changement de molécule)
  • Kétamine — antagoniste NMDA, traitement de référence de l'OIH
  • Arrêt progressif dans les cas sévères
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Guide patient — trois concepts à distinguer

Ces trois situations sont distinctes mais peuvent se combiner. Si vous vous reconnaissez dans l'une d'elles, parlez-en à votre médecin.

° OIH
Hyperalgésie
  • Sensations de brûlure
  • Douleurs dans des zones nouvelles
  • Douleurs éloignées de votre douleur initiale
°° Tolérance
Tolérance
  • Diminution de l'efficacité
  • Besoin de doses plus élevées
  • Réapparition de la douleur
°°° Dépendance
Dépendance
  • Craving (besoin incontrôlable)
  • Perte de contrôle de la consommation
  • Sevrage : nausées, tremblements, sueurs
  • Pensées fréquentes sur la prochaine dose
💬 Si vous êtes concerné(e)

Si vous êtes dans l'une de ces situations, il est important d'en discuter avec votre médecin traitant ou avec le médecin référent de la Structure Douleur dans laquelle vous êtes suivi(e). Ne modifiez pas vos doses seul(e).

Bottemiller S. Opioid-Induced Hyperalgesia (OIH) — An Emerging Treatment Challenge. Pain Management, 2012.