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Douleur Chronique

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EMDR et douleur chronique
Une alliance pragmatique avec l'Hypnose

Dr. Ph. RAULT - 15.11.2025
Version longue sur ResearchGate


La douleur chronique n'est pas qu'une transmission de signaux nociceptifs. C'est un tableau clinique complexe et vivant - émotionnel, cognitif, comportemental, parfois traumatique - qui amplifie et maintient la souffrance bien au-delà de la lésion initiale. L'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), initialement développé pour les syndromes de stress post-traumatique, se révèle un outil complémentaire prometteur en algologie.

Une technique structurée
L'EMDR repose sur le retraitement de l'information dysfonctionnelle via des stimulations bilatérales alternées (mouvements oculaires, tapotements). Le protocole identifie d'abord une cible : l'image du moment le plus difficile, une cognition négative ("Mon corps est cassé"), l'émotion associée et sa localisation corporelle. Puis les stimulations bilatérales permettent au matériel traumatique de se retraiter spontanément, jusqu'à ce que la charge émotionnelle s'apaise.

Le lien trauma-douleur
La douleur chronique porte souvent plusieurs strates traumatiques : l'événement initial (accident, chirurgie), les traumatismes iatrogènes ("c'est dans votre tête"), les échecs thérapeutiques répétés, et la douleur elle-même comme trauma continu. Ce cercle vicieux - le trauma amplifie la douleur, la douleur devient traumatisante - justifie une approche ciblant cette dimension.

Traiter directement le symptôme
Des essais contrôlés ont démontré l'efficacité de l'EMDR pour diverses pathologies douloureuses : lombalgies, céphalées, douleurs du membre fantôme, fibromyalgie. Fait crucial : il est possible de traiter directement l'expérience douloureuse actuelle comme une cible en soi, sans archéologie obligatoire. "Si votre douleur avait une forme, une couleur ?" Cette réification rappelle l'hypnose ericksonienne. On laisse venir ce qui émerge sans imposer de causalité douteuse. Si des souvenirs d'enfance surgissent, tant mieux. Sinon, on travaille sur ce qui est là, maintenant.


EMDR et douleur chronique
Une alliance pragmatique avec l'Hypnose


Parentés avec l'hypnose
L'EMDR et l'hypnose ericksonienne partagent des mécanismes remarquablement similaires : état modifié de conscience, travail sur l'imagerie mentale, accès aux ressources inconscientes, dissociation thérapeutique. Si la littérature EMDR évite le terme "transe", la phénoménologie clinique est étonnamment similaire. Le praticien formé aux deux approches reconnaît immédiatement ces parallèles.

Chaque méthode a ses spécificités
L'EMDR offre un cadre structuré (protocole en 8 phases, échelles validées) particulièrement adapté au retraitement traumatique, tandis que l'hypnose permet une flexibilité créative et une modulation immédiate de l'expérience sensorielle. Certains patients répondent mieux à l'une qu'à l'autre pour des raisons qui nous échappent encore.

L'approche intégrative
En pratique, ces outils se complètent naturellement : installer un "lieu sûr" en hypnose avant le retraitement EMDR, reconnaître les signes de transe pendant les stimulations bilatérales, adapter le rythme selon les besoins du patient. Il ne s'agit pas de choisir un camp mais d'observer : "De quoi le patient a-t-il besoin ?"

Ce qui est audacieux
C'est de reconnaître que nous ne savons pas exactement pourquoi ces méthodes fonctionnent. L'hypothèse du sommeil à ondes lentes est séduisante mais incomplète. En algologie, cette incertitude n'est pas un problème mais une liberté : elle autorise une utilisation intégrative, pragmatique, sans dogmatisme.
La vraie audace n'est pas de déclarer qu'une méthode fonctionne mieux qu'une autre, mais d'accepter que nous travaillons avec des processus partiellement compris, et que cette humilité épistémologique nous permet de rester au service du patient plutôt qu'au service de nos théories.

Ce qui compte à la fois pour le thérapeute et pour le Praticien
"Ça marche - et c'est déjà bon à prendre". Le reste relève de la recherche future.